Le Parcours de Frédéric
Un artiste, un duo, une vision
Né le 22 décembre 1977 à Wissembourg, en Alsace, Frédéric Haro porte en lui l'héritage de cette terre frontalière, nourrie de deux cultures, ancrée dans ses valeurs et sa mémoire. Wissembourg, c'est sa ville natale, son foyer, son atelier. C'est là qu'il a rencontré Anne-Caroline, sur les bancs du lycée il y a trente ans. Comme lui, elle est de Wissembourg, de famille en famille, de génération en génération. Des racines profondes, assumées, dont ils sont fiers.
Depuis toujours, Frédéric crée de ses mains. Il dessine, il construit, il fabrique. Ses professeurs ont reconnu très tôt son don pour le dessin. Il choisit pourtant une voie professionnelle et devient soudeur, gravissant les échelons jusqu'au poste de chef d'atelier, en charge d'une équipe de dix personnes. Une carrière accomplie avec la même constance et la même exigence qui guident toute sa vie. Le métal, ses propriétés, ses résistances, ses possibilités : il en connaît chaque secret. Mais le besoin de créer ne le quitte jamais.
Mais un désir plus grand grandit en lui. Pas simplement créer : faire quelque chose qui a du sens. Créer de la beauté. Laisser des œuvres qui lui survivront, témoins de son temps et de lui-même.
Frédéric Haro le dit avec une grande humilité : il sait la fragilité de la vie, il sait ce que c'est que de perdre un être cher. C'est cette conscience-là qui nourrit son art et lui donne sa profondeur. Être artiste, pour lui, c'est une façon d'inscrire quelque chose de durable dans le monde.
Le premier déclic arrive au moment où il construit sa propre maison. Face à un grand mur blanc, il achète une immense toile et la peint avec Anne-Caroline et leurs deux enfants. Il y prend un plaisir immense, continue à peindre, et sa toile suivante sera un nu inspiré de la silhouette de sa femme. La femme libre, son allure, sa puissance tranquille : sa source d'inspiration dès le premier jour. Comme Bartholdi, son illustre compatriote alsacien, il fait de la femme libre son sujet de prédilection.
« La silhouette féminine est fascinante car elle a quelque chose d'infini. »
Mais quelque chose lui manque. Il cherche le volume, la rondeur, la troisième dimension. Il récupère des pastilles de métal destinées au rebut, les façonne à la main et les appose une à une sur une sculpture en argile qu'il a auparavant modelé. Pendant des années, il cherche le support idéal : le béton, la pierre, la résine. Aucun ne convient vraiment. La vraie découverte, c'est l'argile. Instinctive, souple, vivante. En maîtrisant la température de chauffe, il fait varier la couleur de l'inox de l'argent pur jusqu'au bronze profond. Ce qui semblait brut devient lumineux. Ce qui semblait froid devient sensuel.
En 2024, double démission. Frédéric quitte l'entreprise après vingt-cinq ans. Anne-Caroline quitte son poste en expertise comptable. Si les Haro ont des racines profondes, ils ont aussi des ailes. Se lancer à deux dans l'aventure artistique, tout quitter pour créer : c'est un choix risqué, courageux, et pleinement assumé. Ensemble, ils aménagent un grand atelier au sein de la maison familiale. Frédéric devient artiste professionnel. Le succès est immédiat.
À ses côtés, Anne-Caroline Haro, Associée Artistique et muse au sens le plus contemporain du terme. Elle l'inspire, nourrit son univers féminin, et participe pleinement à la vie de l'atelier comme au développement de sa carrière. Si Frédéric Haro est l'artiste, derrière chaque œuvre, il y a un duo.
IMAGE photo de Frédéric et Anne-Caroline
L’interview
Frédéric en 12 questions
Les murs de ton atelier ?
Couverts d'outils. Chaque outil a sa place, tout est parfaitement organisé. L'ordre, c'est le point de départ de tout.
Ton obsession artistique ?
La justesse. La justesse des volumes, la justesse des courbes, la justesse anatomique. Je ne peux pas m'arrêter tant que ce n'est pas juste.
Tes sources d'inspiration ?
La silhouette féminine car elle a quelque chose d'infini.
Ton rêve artistique ?
Des pièces monumentales dans des jardins, mêlées à la nature. Une immense fontaine dans laquelle l'une de mes sculptures prendrait vie.
Le rôle de l'art selon toi ?
Durer au-delà de l'être humain. Être un témoin de son époque. L'art, c'est ce qui reste quand tout le reste disparaît.
Et le rôle de ton art à toi ?
Créer une émotion. Si quelqu'un s'arrête, j'ai réussi.
Ton sculpteur contemporain préféré ?
Bruno Catalano, pour ses Voyageurs. Ces silhouettes qui avancent, légères, transparentes. Elles m'ont marqué.
Ton indispensable pour créer ?
La musique française. Cabrel avant tout. Sa poésie me fait rêver.
Comment te décrire en quelques mots ?
Exigeant. Sensible. Travailleur. Créatif. Rigoureux.
L'Alsace pour toi ?
L'Alsace fait partie de mon ADN. Je suis très chauvin. Cette terre, ses racines, ses valeurs : c'est moi !
Et cette coiffure qui te caractérise ?
Elle est arrivée avec ma vie d'artiste. Aujourd'hui, elle est comme mon art : on reconnaît les deux d'un seul coup d'œil.
Pourquoi tes sculptures sortent-elles toujours du cadre ?
Pour trouver sa propre liberté, il faut se débarrasser des carcans, sortir de son cadre.
IMAGE photo de Frédéric à l’atelier